Assurance-vie : Les supports d’investissement et la vie du contrat
Après avoir posé les bases du fonctionnement de l’assurance-vie, ce volet s’intéresse à ce qui se passe concrètement à l’intérieur du contrat. L’assurance-vie étant une enveloppe, son rendement et son niveau de risque dépendent avant tout des supports sur lesquels le capital est investi. Cette partie présente les principales possibilités d’investissement, les différents modes de gestion ainsi que les opérations qui permettent de faire évoluer le contrat au cours du temps.
1. Les deux grandes catégories de supports
Une assurance-vie permet principalement d’investir sur deux grandes catégories de supports : le fonds en euros et les unités de compte.
Le fonds en euros
Le fonds en euros constitue la poche sécurisée traditionnelle de l’assurance-vie. Il est directement géré par l’assureur et repose sur un portefeuille composé majoritairement d’obligations, auquel peuvent notamment s’ajouter des actifs immobiliers, des actions ou d’autres investissements. Sa principale caractéristique réside dans la garantie du capital accordée par l’assureur, selon les modalités prévues par le contrat. Les intérêts attribués au contrat viennent généralement s’ajouter au capital et deviennent à leur tour acquis.
Le rendement du fonds en euros est déterminé chaque année par l’assureur. Il dépend notamment des revenus générés par les actifs composant le fonds et de la politique de participation aux bénéfices de la compagnie. Certains contrats imposent par ailleurs aujourd’hui une proportion minimale d’unités de compte pour accéder au fonds en euros ou proposent différents fonds en euros avec des conditions d’accès spécifiques.
Les unités de compte
Les unités de compte (UC) regroupent l’ensemble des supports dont la valeur évolue en fonction d’un actif ou d’un ensemble d’actifs sous-jacents. Contrairement au fonds en euros, l’assureur ne garantit pas la valeur des unités de compte. Si une unité de compte vaut 100 € lors de l’investissement puis 80 € quelques mois plus tard, la valeur du capital correspondant diminue de 20 %. À l’inverse, si elle atteint 120 €, sa valorisation augmente.
Le risque supporté dépend donc directement de la nature de l’investissement sélectionné. Les unités de compte permettent d’accéder à un univers d’investissement beaucoup plus vaste et constituent généralement le principal moyen de rechercher de la performance et de diversifier un contrat d’assurance-vie.
2. Dans quoi peut-on investir ?
Le terme « unité de compte » ne correspond pas à une classe d’actifs particulière. Deux UC peuvent présenter des caractéristiques et des niveaux de risque totalement différents. Selon le contrat et l’assureur, il est notamment possible d’accéder à différentes classes d’actifs (liste non exhaustive).
- Les fonds actions : Ils investissent principalement sur les marchés actions et permettent de s’exposer à différentes zones géographiques, secteurs économiques ou thématiques. Leur potentiel de performance à long terme est généralement plus important, mais ils présentent également une volatilité et un risque de perte en capital plus élevés.
- Les fonds obligataires : Ils investissent principalement dans des obligations émises par des États ou des entreprises. Leur comportement dépend notamment de l’évolution des taux d’intérêt, de la durée des obligations détenues et de la qualité de crédit des émetteurs. Une obligation ou un fonds obligataire n’est donc pas nécessairement un placement sans risque.
- Les ETF : Les ETF sont des fonds cherchant généralement à reproduire la performance d’un indice. Ils permettent par exemple de s’exposer, au travers d’un seul support, à plusieurs centaines voire plusieurs milliers d’entreprises. Ils présentent généralement des frais de gestion relativement faibles et constituent un outil particulièrement efficace pour construire une allocation diversifiée.
- Les supports immobiliers : Certains contrats permettent d’investir indirectement dans l’immobilier à travers notamment des SCPI, SCI ou OPCI. Ces supports peuvent permettre de diversifier le patrimoine et de s’exposer au marché immobilier sans acquérir directement un bien. Il convient néanmoins d’analyser attentivement leur liquidité, leurs frais, leur valorisation et les modalités propres à leur détention au sein d’une assurance-vie.
- Les produits structurés : Les produits structurés proposent une formule de remboursement déterminée à l’avance et liée à l’évolution d’un ou plusieurs sous-jacents : indice, action, taux, panier d’actifs, etc. Ils peuvent proposer des mécanismes de rendement, de remboursement anticipé et de protection conditionnelle du capital.
Leur fonctionnement peut néanmoins être complexe. L’analyse doit notamment porter sur le sous-jacent, les barrières, les conditions de remboursement, la durée maximale, le risque de perte en capital et le risque lié à l’émetteur. - Le private equity et les actifs non cotés : Certains contrats, notamment destinés à une clientèle patrimoniale, permettent également d’accéder à des fonds de private equity, de dette privée ou à d’autres actifs non cotés. Ces investissements peuvent présenter un potentiel de rendement intéressant mais impliquent généralement un horizon d’investissement long, une liquidité réduite et un niveau de risque élevé.
L’univers d’investissement disponible dépend fortement du contrat choisi. Deux assurances-vie peuvent ainsi proposer quelques dizaines de supports pour l’une et plusieurs centaines ou milliers pour l’autre.

3. Construire une allocation
Choisir une assurance-vie ne consiste donc pas uniquement à sélectionner un contrat. Il faut également déterminer comment répartir le capital à l’intérieur de cette enveloppe. Cette répartition constitue l’allocation d’actifs. Elle doit notamment tenir compte : des objectifs du client ; de son horizon d’investissement ; de sa situation patrimoniale ; de sa capacité à supporter une perte ; de sa tolérance au risque ; de ses besoins futurs de liquidité ; de ses connaissances et de son expérience financières.
Un client ayant besoin de son capital dans deux ans ne devrait pas nécessairement recevoir la même allocation qu’un client investissant avec un horizon de vingt ans. De la même manière, deux clients disposant du même patrimoine peuvent avoir des allocations totalement différentes en fonction de leurs objectifs et de leur rapport au risque.
La performance d’une assurance-vie doit donc toujours être analysée en regard du niveau de risque pris pour l’obtenir.
4. Les différents modes de gestion
Une fois l’allocation définie, plusieurs méthodes peuvent permettre de gérer le contrat.
- La gestion libre : Le souscripteur choisit lui-même les supports sur lesquels son capital est investi et décide des arbitrages à réaliser. Il conserve donc la maîtrise de son allocation, éventuellement accompagné par son conseiller. Cette solution offre une grande liberté mais nécessite de suivre régulièrement les investissements et de disposer des connaissances nécessaires pour prendre les décisions appropriées.
- La gestion profilée ou pilotée : elle consiste à confier tout ou partie de l’allocation à un professionnel selon un profil de risque déterminé. Le client peut par exemple sélectionner un profil : prudent ; équilibré ; dynamique… La répartition des investissements évolue ensuite selon les décisions du gestionnaire et les modalités prévues par le mandat ou le contrat.
- La gestion sous mandat : Dans les contrats les plus sophistiqués, une société de gestion peut recevoir un mandat plus personnalisé afin de gérer l’allocation selon les objectifs, contraintes et profil du client. Les possibilités exactes dépendent du contrat, de l’assureur et du montant investi.
Il est également possible, sur certains contrats, de combiner plusieurs modes de gestion au sein d’une même assurance-vie.
5. Les versements
Une fois le contrat ouvert, le souscripteur peut continuer à l’alimenter selon les modalités prévues par celui-ci. On distingue principalement : le versement initial, réalisé à l’ouverture du contrat ; les versements libres, effectués ponctuellement ; les versements programmés, réalisés automatiquement selon une fréquence déterminée.
Les nouveaux versements peuvent être répartis sur plusieurs supports selon l’allocation choisie. Les versements programmés permettent notamment d’investir progressivement sur les marchés et de lisser les différents points d’entrée dans le temps.Ils peuvent généralement être modifiés, suspendus ou interrompus selon les conditions du contrat.
Un point important doit être conservé à l’esprit : un nouveau versement ne remet pas à zéro l’ancienneté du contrat.
6. Les arbitrages
Au cours de la vie du contrat, le souscripteur peut souhaiter modifier la répartition de ses investissements. Cette opération est appelée arbitrage. Un arbitrage consiste à vendre tout ou partie d’un support détenu dans le contrat afin de réinvestir les sommes sur un ou plusieurs autres supports.
L’un des principaux intérêts de l’assurance-vie réside dans le fait qu’un arbitrage réalisé à l’intérieur de l’enveloppe ne constitue pas un rachat. La vente d’un support en plus-value pour en acheter un autre ne déclenche donc pas, à elle seule, la fiscalité applicable aux rachats. Cette caractéristique permet de faire évoluer l’allocation au cours du temps sans sortir les capitaux du contrat.
Les arbitrages peuvent notamment servir à :
- rééquilibrer une allocation ;
- réduire ou augmenter le niveau de risque ;
- sécuriser progressivement des gains ;
- remplacer un support ;
- adapter le portefeuille à l’évolution des objectifs du client.
Certains contrats prévoient également des options d’arbitrage automatique, comme la sécurisation progressive des plus-values ou le rééquilibrage périodique d’une allocation. Des frais peuvent néanmoins être appliqués selon les conditions du contrat.
7. Les rachats
Le capital placé sur une assurance-vie reste en principe disponible. Lorsque le souscripteur souhaite récupérer tout ou partie de son épargne, il réalise un rachat.
Le rachat partiel
Le souscripteur retire uniquement une partie de la valeur de son assurance-vie. Le solde reste investi et le contrat continue d’exister en conservant son ancienneté. Il est également possible, sur certains contrats, de mettre en place des rachats partiels programmés afin de percevoir régulièrement une somme déterminée. Ce mécanisme peut notamment être utilisé pour générer un complément de revenus.
Le rachat total
Le souscripteur récupère la totalité de la valeur de rachat du contrat. Le contrat est alors clôturé et son antériorité est définitivement perdue. Il convient donc de réfléchir à l’intérêt d’un rachat total lorsqu’un rachat partiel permettrait de répondre au besoin du client tout en maintenant le contrat ouvert.
La fiscalité applicable aux rachats et la méthode permettant de déterminer la part de gains comprise dans un retrait feront l’objet d’une partie utltérieure.

8. Les frais du contrat
La performance d’une assurance-vie ne dépend pas uniquement des investissements sélectionnés. Les différents frais peuvent avoir un impact significatif sur la performance à long terme.
Il convient notamment de distinguer :
- les frais sur versement, prélevés lors de l’investissement de nouvelles sommes ;
- les frais de gestion du contrat, prélevés périodiquement sur les encours ;
- les frais propres aux supports d’investissement, notamment les frais de gestion des fonds ;
- les frais d’arbitrage, éventuellement appliqués lors d’un changement de support ;
- les frais liés à certains modes de gestion, notamment en gestion pilotée ou sous mandat ;
- les éventuels frais spécifiques à certains supports, notamment immobiliers, structurés ou non cotés.
Il faut donc distinguer la performance brute du support de la performance réellement obtenue par le client après frais. Sur une durée d’investissement de plusieurs dizaines d’années, une différence apparemment faible de frais annuels peut produire un écart important de capital final en raison de l’effet de capitalisation. L’analyse des frais doit donc faire partie intégrante de la sélection d’un contrat et de ses supports.
9. Un contrat qui doit évoluer avec le client
Une assurance-vie n’a pas vocation à être nécessairement construite une fois puis laissée inchangée pendant plusieurs décennies. L’allocation pertinente à 30 ans peut ne plus l’être à 50, 65 ou 80 ans.
Le suivi d’une assurance-vie doit donc porter à la fois sur la qualité du contrat, la performance des supports, le niveau de risque, les frais et l’adéquation permanente de l’allocation aux objectifs du client.
L’assurance-vie doit ainsi être considérée comme une enveloppe patrimoniale évolutive et non comme un simple produit souscrit à un instant donné puis oublié.